Cinéf'îles a le plaisir de vous présenter le grand classique de Sergio Leone, le prototype des westerns dits spaghettis.

Synopsis

Deux bandes rivales, les Baxter, trafiquants d’armes, et les Rojo, qui font de la contrebande d’alcool, se disputent la suprématie et la domination de la ville de San Miguel, au sud de la frontière américano-mexicaine. Un étranger, vêtu d’un poncho, arrive à dos de mulet dans cette petite ville et s’immisce entre les deux bandes. Proposant d’abord ses services aux Rojo, l’étranger va très vite tirer profit des deux camps à la fois, à la grande joie du fabricant de cercueils Piripero…

 

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Cette affiche propose trois personnages très typés, dans des attitudes figées. Un premier personnage, de dos, à gauche, est l’image-cliché du cow-boy mythique : ce personnage est tendu dans l’instant qui précède un affrontement peut-être mortel. Tueur professionnel, chasseur de primes? La petite silhouette en bas à droite pourrait être son double, de face. À droite, dans un grand quart haut de l’affiche, un troisième personnage de face, également armé, mais les bras occupés dans une attitude de pietà, porte une femme inanimée. Morte, blessée, évanouie ?

La couleur rouge frappe évidemment. Ce rouge symbolise à la fois le feu et le sang, la violence , mais aussi le pouvoir, le désir et la passion, et le jaune du titre parle de l’or.

 

Pour une poignée de dollars ( bande annonce )

 

Naissance d’un grand classique

Sergio Leone, au départ assistant puis réalisateur de seconde équipe apprécié pour les scènes d’action ( il a tourné la fameuse course de chars de Ben Hur) connaît un premier succès avec le péplum Le Colosse de Rhodes. Il tient l’idée de Pour une poignée de dollars d’un film d’Akira Kurosawa Yojimbo, dont il reprend le scénario, et mêmes quelques idées de mise en scène, avec pour sa défense que Kurosawa s’inspirait lui-même d’un roman noir américain! Devant le succès planétaire du film Kurosawa attaque en justice. Il obtient les droits d’exploitation au Japon en Corée et 15% des recettes mondiales. Le producteur de Leone ruiné est furieux et Leone enchaîne avec Et pour quelques dollars de plus!

 

Mais le succès du film est dû avant tout à l'originalité de la mise en scène de Léone et  au renouvellement du genre du western.

 

Le cinéma de Leone se caractérise par une tension entretenue par la longueur de certains plans, par les silences, par les gros plans sur les visages, par les regards. La mise en scène crée de longues perspectives qui filment dans un même plan le tireur et sa victime, ou en courte focale réduit le personnage à une main tenant un pistolet.

La culture italienne imprègne le cinéma de Leone. Nourri d’opéra, il propose un film théâtral, la “commedia dell'arte” inspire son cinéma de “ gueules”, visages semblables à des masques grotesques, enfin  l’argument du film n’est pas si loin du classique “Arlequin serviteur de deux maîtres”! Le goût de l’architecture à la Chirico se retrouve dans la mise en scène des grandes places toujours un peu vides.

 

 

Une musique inoubliable

 

Fils d’un trompettiste de jazz, formé à la composition , à la direction d’orchestre , Ennio Morricone débute dans les années 50 en composant de la musique classique et expérimentale.

Auteur de musiques de film pour Bellocchio, Pasolini ou Bertolucci , il acquiert une renommée internationale grâce à Sergio Leone dès Pour une poignée de dollars. Sa musique se caractérise par l’intégration de bruits ( sifflements, coups de feu) et par l’usage de thèmes , de leitmotivs accompagnant chaque personnage.

 

 

 

 

Renouveler le western

Le western est né avec le cinéma. Il célèbre d’abord l’épopée de la conquête du territoire , comme Le Cheval de fer ( John Ford 1924) il oppose ensuite l’ouest sans lois à la loi sociale comme dans L’homme qui tua Liberty Valance ( John Ford 1962) il est aussi le reflet de la guerre froide et des violences raciales , Le Sergent noir ( John Ford 1960 ) .

Pour une poignée de dollars reprend le canevas rebattu du héros charismatique et mystérieux qui débarque dans une ville terrorisée pour rendre justice mais c’est ici un antihéros amoral, et ambigu .

Le héros est un pauvre dont le but est survivre, son assurance est son arme..

Le western italien tourne le dos aux valeurs traditionnelles , il refuse l'idéalisme, la valeur centrale devient l’argent. Il met en relief le comportement brutal et primaire des pionniers aux prises avec un univers sauvage où ne survivent que les malins et les corrompus.

Dès sa sortie les spectateurs prirent un plaisir immense au  jeu de massacre.

 

 

 

Du côté du Rio Grande

 

La frontière entre le Mexique et le Texas qui alimente le trafic des deux clans de San Miguel n’est pas bien ancienne. Du XVIe siècle à 1821, les territoires du Texas et du Mexique actuels, sont des possessions de la couronne espagnole et font partie de la Nouvelle Espagne.

 

En 1821 la Nouvelle Espagne devient indépendante sous le nom du Mexique. Dans les années 1820-30, des colons américains de plus en plus nombreux s’installent au Texas devenu une province du Mexique.

 

En 1836  le Texas proclame son indépendance. En 1837 les autorités texanes déposent une

 

requête auprès du gouvernement des États-Unis pour rejoindre l’Union, ce qui est accepté en 1845. Le Mexique n’ayant pas reconnu l’indépendance du Texas la question texane se transforme alors en conflit territorial entre Mexique et États-Unis. Les États-Unis déclarent la guerre au Mexique en 1846.

 

En 1848, le traité de Guadalupe Hidalgo reconnaît, entre autres, la souveraineté américaine sur le Texas, dont la frontière méridionale est fixée le long du Rio Grande.