APRES L’OMBRE 1h33 un film de Stéphane Mercurio (France) 2018
Un film profond et sensible en présence de la réalisatrice Stéphane Mercurio.

Stephane Mercurio filme le travail théâtral entrepris par Didier Ruiz avec d'anciens détenus. Ceux que l’on nomme les « longues peines » nous font part de cette étrange parenthèse avec leurs mots, leur poésie, leurs émotions.

« Je savais avant de démarrer le projet qu’ Après l’ombre allait être un film qui allait parler de prison et du travail de mise en scène de Didier Ruiz, ce que je ne savais pas c’est que ça allait être un film sur la confiance et sur le collectif » (Stéphane Mercurio)


 

 

Argument:Une longue peine, comment ça se raconte ? C’est étrange ce mot qui signifie punition et chagrin en même temps.

Ainsi s’exprime Didier Ruiz lorsqu’il entreprend la mise en scène de son dernier spectacle monté avec d’anciens détenus de longue peine. Dans le temps suspendu des répétitions on voit se transformer tous ces hommes – le metteur en scène y compris.

Le film raconte la prison, la façon dont elle grave dans les chairs des marques indélébiles et invisibles.

Il saisit le travail rigoureux d’un metteur en scène avec ces comédiens « extraordinaires ».
Et surtout il raconte un voyage, celui qui va permettre à cette parole inconcevable de jaillir de l’ombre pour traverser les murs.

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 A l'origine du film

J’ai  commencé  un  peu  par  hasard  ce  travail sur la prison sur une proposition. J’ai tourné À côté  dans le lieu d’accueil des familles de prisonniers qui viennent au  parloir,  plus  particulièrement  sur  les  femmes de prisonniers.
Puis ce  fut  À  l’ombre  de  la  république .  J’ai  pu pénétrer au cœur de l’enfermement : quartiers  disciplinaires,  cours  de  prison,  cellules.  C’est  là  que  j’ai  eu  mes  premiers contacts avec des prisonniers purgeant de longues peines.
J’avais en tête un film sur l’« après prison » mais il était bien différent d’ Après l’ombre. J’ai téléphoné à Bernard Bolze, qui  aujourd’hui  s’occupe  de  Prison-In-sider, pour entrer en contact avec d’anciens prisonniers. Il m’a suggéré de voir le  metteur  en  scène  de  théâtre  Didier  Ruiz qui allait commencer un travail avec d’anciens  longues  peines.  Avec  Didier, le  courant  est  immédiatement  passé. 

Un film sur la libération de la parole.

En  effet,  en  prison,  c’est  aussi  la  parole qui est à l’ombre. On ne les entend pas. Personne n’écoute les prisonniers. Une fois dehors leur parole, déjà difficile dans  l’intimité,  est  d’autant  plus  forte  quand  elle  surgit  ainsi  dans  l’espace  public.  Prendre  cette  parole  a  eu  très  certainement  pour  certains  d’entre  eux  un  rôle  important  dans  la  confiance  en  soi, l’estime de soi tellement mise à mal par l’incarcération.

Un double contrat de confiance

Pour eux, l’enjeu majeur était avant tout la pièce de théâtre. Comment allaient-ils pouvoir monter sur scène, raconter leur histoire devant un public. Ils ne l’avaient jamais  fait  auparavant.  Ce  n’est  pas  une pièce de Molière qu’ils jouent, mais leur propre vie ! Avec moi, le contrat de confiance était peut-être plus simple. Un film, c’était après, un peu abstrait... Puis j’avais  déjà  fait  des  films  sur  la  question,  ils  savaient  qu’il  n’y  aurait  pas  de  voyeurisme.

Un message pour les politiques.

Il est admis que la prison ne permet pas de se réinsérer. Les études sur cela sont innombrables. Je crois que la prison fabrique la violence de demain. Les  gens  qui  sont  emprisonnés  sont  fragiles   économiquement   et   psychologiquement.  Quand  ils  sortent,  dans  quel  état  sortent-ils  ?  En  général  :  plus  pauvres, plus désocialisés, plus fous (la maladie  mentale  est  très  présente  en  prison).  La  prison  est  une  question  qui  nous concerne tous et nous ferions bien de  nous  poser  ces  questions  avant  de  fabriquer  une  société  invivable.  Mais  il  faudrait  un  peu  de  courage  politique...J’aimerais  que  les  responsables  politiques  et  le  monde  de  la  justice  voient  ce  film.

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