SANTIAGO, ITALIA VOSTF 1h20 de Nanni Moretti (Italie) 2019

Après le coup d'État militaire du général Pinochet de septembre 1973, l'ambassade d'Italie à Santiago (Chili) a accueilli des centaines de demandeurs d'asile. À travers des témoignages, le documentaire de Nanni Moretti raconte cette période durant laquelle de nombreuses vies ont pu être sauvées grâce à quelques diplomates italiens.

Un miroir révélateur pour l’Italie d’aujourd’hui ?

 

Comment ce film est-il né ?
"Tout a commencé au printemps de l’an dernier : j’étais à Santiago pour une conférence et l’ambassadeur italien m’a parlé de deux jeunes diplomates qui avaient décidé d’accueillir les dissidents politiques. J’ai découvert une belle histoire italienne d’accueil et de courage, un exemple de la façon dont les individus peuvent faire la différence. C’était une histoire de ma jeunesse, alors j’ai repensé à l’importance qu’avait eu à cette époque l’expérience chilienne, la figure du président Allende et ensuite le bouleversement du coup d’État. C’est ainsi que je me suis mis à travailler : quarante heures d’entretiens, non seulement pour parler du Chili mais aussi de l’Italie d’alors, du pays qui a le plus aidé."

Pourquoi parler du coup d’État au Chili aujourd’hui ?
"Pendant que je tournais, on me le demandait souvent et je ne savais pas bien quoi répondre. Puis, une fois le tournage terminé, Matteo Salvini est devenu ministre de l’Intérieur et alors j’ai compris pourquoi j’avais tourné ce film. Je l’ai compris a posteriori."

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Dans le film, vous faites des renvois et des analogies continuelles entre les deux pays ; vous en voyez aussi aujourd’hui ?
"Aujourd’hui le Chili est divisé en deux, on cultive deux mémoires opposées. Il y a des gens qui, le 11 septembre, anniversaire du coup d’État, mettent le drapeau sur le balcon pour le célébrer. C’est comme en Italie, où jusqu’il y a 25 ans, il y avait une mémoire commune de l’antifascisme et la résistance. Nous l’avons perdue dans les années de Berlusconi, et depuis lors il n’y a plus de patrimoine de valeurs partagées entre progressistes et conservateurs. Cela me préoccupe parce que, bien sûr, on peut se diviser sur les choix politiques mais pas sur les valeurs fondamentales."

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"Aujourd’hui comme autrefois, nous ne pouvons pas être impartiaux. Je n’ai jamais supporté l’idée que l’impartialité, le fait de se poser en tiers, soit une valeur. Pendant trop longtemps on a mis sur le même plan les maladresses du centre-gauche et un homme comme Berlusconi qui, par son caractère, était étranger à ce qu’on appelle démocratie et qui pourtant était parfois considéré comme un véritable chef d’État. Je ne suis pas impartial sur le coup d’État et ne peux pas l’être aujourd’hui. Nous ne pouvons pas être impartiaux devant ce qui se passe actuellement."

4665babaf9Extraits de l'entretien avec Nanni Moretti paru dans le dossier de presse.