SIBEL 

VOSTF1h35 de Çağla Zencirci, Guillaume Giovanetti (France/Turquie) 2019

Prix Jean Renoir des Lycéens

 

SYNOPSIS

Sibel, 25 ans, vit avec son père et sa soeur dans un village perdu dans les montagnes du Nord-Est de la Turquie. Muette, elle utilise une ancienne langue sifflée pour communiquer avec les habitants, qui la rejettent à cause de son handicap. Un jour, Sibel rencontre un fugitif dans la forêt. Débute une secrète histoire d’amour qui conduit la jeune femme sur la voie de l’émancipation, propice à bousculer l’ordre du village.

4897018La langue sifflée existe-t-elle?

"Alors que nous voyagions dans la région de la Mer Noire en Turquie en 2014, la langue sifflée est revenue à notre esprit, et nous avons cherché le village en question. Nous voulions aller à la découverte de cette langue, savoir si elle existait vraiment, et étions
animés par une curiosité d’ordre quasi ethnographique. Nous avons découvert Kusköy - qui signifie village des oiseaux.
Nous craignions un peu que ça ne soit que du folklore, que seuls quelques vieux parlent cette langue. Ça n’a pas été le cas. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, ce n’est pas une langue éteinte. Les adultes la maîtrisent tous parfaitement. Mais
bien sûr, la génération biberonnée comprend moins bien. Alors les villageois ont commencé à l’enseigner à l’école, donc les
enfants la pratiquent. Et dès que les smartphones ne captent plus en montagne, ça commence à siffler. Le son se diffuse beaucoup mieux ainsi.
La langue sifflée n’est pas un code comme le Morse mais une véritable retranscription en syllabes et en sons de la langue turque. Dès lors, on peut tout dire. Absolument tout."Çağla Zencirci, Guillaume Giovanetti

sibel_bQuel est le rapport du film au documentaire?

"Le documentaire implique une certaine responsabilité. Il se veut en effet une représentation de la réalité mais elle change constamment de texture selon le placement de la caméra. Certains ont pu qualifier nos films de « docu-fictions », mais nous aimons à parler plutôt de « fictions sincères""

"Nous avons passé beaucoup de temps sur place pour nous inspirer de la vie des gens. C’est l’étape majeure. Nous avons par exemple dormi chez le maire du village, qui nous a toujours réservé un accueil incroyable, dans la maison qui a servi de décor au film. Nous dormions dans la pièce qui est la chambre de Sibel dans le film ! Les habitants nous ont parlé de leur passé de manière très enthousiaste. C’est par exemple ainsi que nous avons glané le Mythe du Rocher de la Mariée, très important dans le film."Çağla Zencirci, Guillaume Giovanetti

sibel_aLe père de Sibel est à la fois le maire du village et si peu "patriarche"

"Selon nous, il est intuitivement moderne. Il a des idées claires. Une autre personne aurait choisi une nouvelle femme, aurait eu d’autres enfants, etc… Mais sa fierté, bien qu’il adore sa cadette, c’est sa fille aînée Sibel. Avec elle, il est en équilibre, ils se font confiance, quoi que le village dise. C’était primordial de commencer le film par cette relation stable, pérenne. La représentation
du père dans ces régions peut être misérabiliste ou extrême. Mais les pères n’y sont pas tous des hommes violents, autoritaires et avares en affection à l’égard de leurs enfants. Et là où le personnage du père devient très singulier pour nous, c’est quand sa stabilité est ébranlée, et la façon dont il se complexifie. Nous nous sommes intéressés à l’effet que le patriarcat peut aussi avoir sur les hommes."Çağla Zencirci, Guillaume Giovanetti

Illustration-Sibel-200x270-c