Longtemps ignoré, le nom de Mikio Naruse a fini par s’imposer parmi les plus importants du cinéma japonais. Son oeuvre se fait rare sur les écrans , Cinéf'îles vous offre la possibilité de voir son dernier film , tourné  en 1966.

Synopsis

Yumiko Eda et son mari Hiroshi se préparent à partir vivre aux Etats-Unis. Dans quelques mois, la jeune femme enceinte donnera naissance à leur premier enfant. Mais Hiroshi renversé par une voiture meurt subitement. Rongé par le remord, Shira Mishima, le responsable de l’accident, décide de verser une pension à la jeune veuve et de maintenir le contact avec elle..

 

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Un mélodrame poignant

Le début de Nuages épars, le dernier film réalisé par Mikio Naruse  (un des six qu’il a tourné en couleurs) n’est pas sans nous rappeler les mélodrames de Douglas Sirk avec qui il partage lyrisme et sensibilité.  Mais  nous sommes bien au Japon et  à travers de multiples allusions faites à ce qui est étranger au pays le film, nous le rappelle avec une ironie qui contrebalance le poids d’un drame dont  les personnages s'enfoncent dans un Japon provincial et rural. Ils sont eux-mêmes comme les deux rives d’un même lac : poussés par le courant vers un rapprochement donné comme impossible, indécent...

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Mikio Naruse

L’œuvre de Mikio Naruse (1905-1969), pourtant riche de 89 titres, reste très mal connue. Il privilégie les chroniques quotidiennes et contemporaines de la vie des gens simples (petits groupes de geishas, d’entraîneuses ou de prostituées) les relations contrariées de filiation et l'évolution des mœurs familiales d’une génération à l’autre. Naruse a aussi en commun avec Mizoguchi une attention soutenue pour les figures féminines endurantes dont il suspend fréquemment les destinées au seuil du tragique.

Si l’on suit aisément les intrigues des films de Naruse, ils se dérobent par nature à une description à grands traits. Le cinéaste est passé maître dans l’art de peser le poids d’un quotidien fait de répétitions sans fin, creusé et affecté par d’infimes événements. Les personnages dévoilent derrière chaque (in)décision les faiblesses, l’inertie, la veulerie  mais aussi une folle persévérance à vouloir vivre. 

"Il se passe peu de choses dans mes films, et ils se terminent sans conclure, comme la vie. Je ne peux m’empêcher de ressentir un grand amour pour la persévérance pitoyable des êtres humains, pour la manière dont ils conduisent leurs vies dans l’espace et dans le temps sans fin." Mikio Naruse

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