JULIETA est le dernier film de Pedro Almodovar ( Tout sur ma mère, Etreintes brisées, Parle avec elle, La piel que abito....)

 

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Synopsis

Julieta s’apprête à quitter Madrid définitivement lorsqu’une rencontre fortuite avec Bea, l’amie d’enfance de sa fille Antía la pousse à changer ses projets. Bea lui apprend qu’elle a croisé Antía une semaine plus tôt. Julieta se met alors à nourrir l’espoir de retrouvailles avec sa fille qu’elle n’a pas vu depuis des années. Elle décide de lui écrire tout ce qu’elle a gardé secret depuis toujours.

Julieta parle du destin, de la culpabilité, de la lutte d’une mère pour survivre à l’incertitude, et de ce mystère insondable qui nous pousse à abandonner les êtres que nous aimons en les effaçant de notre vie comme s’ils n’avaient jamais existé.

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Histoire du scénario: Le premier titre de Julieta était Silencio.

Le scénario s’inspire de trois nouvelles Hasard, Bientôt, et Silence tirées du recueil  Fugitives d’ Alice Munro, prix Nobel de littérature 2013. Les trois textes ont pour héroïne une certaine Juliette et se déroulent à Vancouver. Pedro Almodovar détaille les étapes de l'écriture de son film:

"Le recueil de nouvelles Fugitives figurait déjà parmi les accessoires de La piel que habito. Sur le plateau, que la geôlière Marisa Paredes (Marilia) apportait à la captive Elena Anaya (Vicente/Vera), était posé, en plus du petit-déjeuner, un exemplaire du livre d’Alice Munro. J’en avais déjà commencé l’adaptation. J’avais remplacé Vancouver par New York parce que je me sens plus proche des États-Unis que du Canada. Dans les deux pays, les rapports familiaux sont vécus de façon similaire. Les jeunes quittent très tôt le foyer parental, quand ils entrent à l’université, et beaucoup d’entre eux s’éloignent de leurs familles ; l’indépendance est à la fois émotionnelle et géographique. En Espagne, les relations familiales ne se brisent jamais, le cordon ombilical qui nous unit à nos parents et nos grands-parents résiste au passage du temps ; avec des exceptions, bien sûr, car ici aussi il y a des enfants qui partent de chez eux, et même des pères ou des mères qui abandonnent leurs familles et ne reviennent jamais. J’ai travaillé à un premier jet en espagnol en essayant de m’approprier les trois nouvelles et en cheminant avec toute la liberté qu’implique l’écriture d’un scénario, bien que ce soit une adaptation. Finalement, l’incertitude m’a envahi, je n’étais plus très sûr du scénario ni de ma capacité à diriger en anglais. J’ai eu peur de changer de langue, de culture et de géographie. J’ai donc mis de côté ce brouillon, sans savoir ce que j’allais en faire, alors que j’avais déjà acquis les droits des nouvelles de Munro. J’ai remis le nez dans mon brouillon il y a deux ans. Je ne m’attendais pas à ce qu’il me plaise autant et j’ai essayé de transposer l’histoire en Espagne. Au fur et à mesure que la version espagnole avançait, je m’éloignais d’Alice Munro, je devais voler de mes propres ailes. Ses nouvelles restent à l’origine de Julieta, mais si déjà il est difficile de transposer le style de l’écrivaine canadienne dans cette discipline quasiment opposée à la littérature qu’est le cinéma, faire passer cette histoire pour une histoire espagnole relève de l’impossible. Les admirateurs d’Alice Munro verront dans ma Julieta un hommage à la nouvelliste canadienne."

Le recueil de nouvelles d'Alice Munro "Fugitives" est à la médiathèque de Groix et à l'Ecume.

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La statuette, les femmes , la vie

"Le film commence par un gros plan d’un morceau de tissu rouge. Très vite, on découvre que, dessous, un cœur palpite, le cœur de Julieta. La deuxième image correspond à une sculpture de texture et de couleur de terre cuite représentant un homme nu assis (jambes et torse robustes et compacts). Julieta pose la statuette sur un carton et l’emballe soigneusement dans du papier bulles. La statuette ressemble à un bébé que sa mère est en train d’habiller. Nous sommes en 2016. On reverra la sculpture plus tard, c’est-à-dire avant, en 1985, dans l’atelier de la sculptrice qui l’a créée. La sculptrice s’appelle Ava, probablement en hommage à Ava Gardner. Ava est très belle et aussi libre que l’actrice qui interpréta Vénus dans Un caprice de Vénus (One Touch of Venus). Vénus est la déesse de l’amour, de la beauté et de la fertilité. Les trois qualités sont présentes dans l’atelier d’Ava. La jeune Julieta de 1985 prend dans ses mains la sculpture de l’homme assis. De nouveau, la statuette ressemble à un bébé entre les mains des deux femmes qui parlent de son poids et de la texture de sa peau. Dans la séquence suivante, Ava modèle une nouvelle statuette à l’aide d’argile sous le regard de Julieta. La terre prend la forme de fesses et de jambes masculines. « Les dieux ont créé l’homme et d’autres êtres avec de l’argile et du feu », lui dit Julieta, Ava l’écoute attentivement sans cesser de modeler. Julieta est prof de lettres classiques, elle continue à lui parler de la Création comme si c’était un conte et finit par lui avouer qu’elle est enceinte…

Les trois séquences montrent le pouvoir des femmes : la femme en tant que créatrice de l’homme. L’homme représenté par la sculpture est minuscule comparé aux mains des deux femmes (la même proportion que la blonde prisonnière dans les mains de King Kong). Elles se le passent (dans le cas d’Ava et de Julieta, le va-et-vient est littéral). Non seulement la femme donne la vie, mais elle est aussi plus forte pour affronter, gérer, subir et apprécier tout ce que la vie apporte. Seul le hasard est plus fort qu’elle."


Objets et tableaux

"Le sculpteur Miquel Navarro est l’auteur de L’Homme assis et de toutes les pièces que l’on aperçoit dans l’atelier d’Ava. Je vis avec L’Homme assis depuis vingt ans et, dès le départ, j’ai voulu qu’il soit dans un de mes films. Il y a des paysages, des chansons et des objets au sujet desquels, dès que je les découvre (ou redécouvre, ou dès que je les achète, dans le cas d’objets), j’ai l’intuition que tôt ou tard ils figureront dans un de mes films. Je les garde et attends patiemment pendant des années que le film approprié arrive.
C’était le cas avec le paysage de la plage noire de Lanzarote dans Étreintes brisées, avec l’homme-grenouille d’Attache-moi ! et même avec la serviette marron dont Antía et Bea se servent pour essuyer une Julieta déprimée. L’affiche de l’exposition de Lucian Freud n’a attendu que quatre ans avant de trouver sa place sur le mur de l’appartement de la nouvelle Julieta, qui vit une période de sérénité aux côtés de Lorenzo Gentile. Je suis très satisfait de la façon dont interagit le regard de Freud avec Julieta quand elle cherche dans la corbeille l’enveloppe bleue jetée précédemment (la corbeille est ma corbeille et je savais que, tôt ou tard, elle figurerait aussi dans un film). Les marines sont l’œuvre du peintre galicien Seoane. En ce qui concerne la maison en Galice, je voulais qu’il y ait des œuvres d’artistes et d’artisans de la région. J’ai eu la chance de découvrir Seoane. Les magnifiques céramiques de Sargadelos sont aussi très présentes. Le cœur du tatouage est signé par Dis Berlin, ainsi qu’une des marines qu’Antía récupère pour sa chambre quand elles arrivent à Madrid.

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Fatalité et hasard

Les deux adieux tragiques, purs produits du hasard et de la malchance, marquent la conscience de Julieta. Le sentiment de culpabilité, qu’elle transmet aussi à sa fille, s’est glissé dans le scénario sans que je m’en aperçoive. Il est apparu quand j’ai estimé que le scénario était terminé, au moment où les éléments se mettent en place et s’enrichissent de manière autonome, presque sans l’intervention de l’auteur (le sentiment de culpabilité émane de l’histoire même). La culpabilité voyage dans le train où se trouve Julieta, tel un destin tragique. Cet élément assombrit le drame et lui donne une apparence de film noir, quelque chose qu’Alberto Iglesias a renforcé grâce à la musique originale du film.

Bande-annonce JULIETA de Pedro Almodovar VOSTFR

A la médiathèque de Groix vous pouvez trouver 6 films d'Almodovar: Pepi, Luci, Bom et autres filles du quartier, Femmes au bord de la crise de nerf, Etreintes brisées, Volver, La piel que abito et Les amants passagers.

Pour finir une biographie express du cinéaste espagnol réalisée pour Arte.

 

Bio express Pedro Almodovar

Et avant de redécouvrir tout les films de Pedro Almodovar au festival Lumière de Lyon, voici une petite bio express consacrée au cinéaste espagnol.

http://cinema.arte.tv