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Synopsis

La Ciotat, été 2016. Antoine a accepté de suivre un atelier d’écriture où quelques jeunes en insertion doivent écrire un roman noir avec l’aide d’Olivia, une romancière connue. Le travail d’écriture va faire resurgir le passé ouvrier de la ville, son chantier naval fermé depuis 25 ans, toute une nostalgie qui n’intéresse pas Antoine. Davantage connecté à l’anxiété du monde actuel, il va s’opposer rapidement au groupe et à Olivia, que la violence du jeune homme va alarmer autant que séduire.

 

L'origine du projet

Tout est parti d’un reportage de 1999 pour France 3. On y voyait une romancière anglaise animer un atelier d’écriture à La Ciotat. Ce dispositif, mis en place par la Mission locale, devait permettre à une dizaine de jeunes d’écrire ensemble un roman dont la seule contrainte était de se situer dans le cadre de la ville. Ce projet a été laissé en plan. J’y suis revenu, dix-sept ans plus tard, avec l’intuition que cette histoire ouvrière est maintenant de la préhistoire pour les jeunes d’aujourd’hui. Ils en ont bien sûr entendu parler. Ils vivent à proximité de ce qui reste du chantier, aujourd’hui reconverti dans la réparation de yachts. Mais depuis que la ville a entrepris de devenir une station balnéaire, elle a tourné le dos au chantier.

Ce dont le film témoigne, c’est de cette mutation radicale d’une société, d’une culture qui, sans doute sous l’effet des crises économiques et politiques, ne se reconnaît plus dans le monde tel qu’il était et tel que les « vieux» voudraient continuer à le représenter. Ce que nous disent les jeunes de L’Atelier, c’est qu’ils refusent d’être assignés à une histoire qui ne peut plus être la leur. Ils sont maintenant confrontés à des problèmes tout autres. Trouver leur place dans un monde qui ne les prend pas en compte, avoir l’impression de n’avoir aucune prise sur le déroulement des choses et sur leur propre vie. Et faire face aussi à une société violente, déchirée par des enjeux sociaux et politiques inquiétants : précarité, terrorisme, montée de l’extrême droite...

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L'atelier d'écriture

Ce que je souhaitais montrer avec cet atelier, c’est moins un acheminement vers l’écriture qu’un effort difficile et hésitant pour penser ensemble et se mettre d’accord. Une dynamique de travail avec ses tensions, ses culs-de-sac et ses compromis. Je m’intéresse beaucoup à la façon dont la formation est toujours aussi une sorte de formatage, d’aiguillage, qui conduit ceux qu’on forme à se consacrer à des choses qui ne les concernent pas directement. C’est sans doute inévitable et efficace, mais il me semble important d’en être conscient quand on est en position de formateur. C’est d’ailleurs ce que le personnage central du film, Antoine, reproche à Olivia : elle est venue de Paris avec une idée préconçue de ce qu’ils devraient écrire.

Les jeunes ont la parole

Si on pense que les jeunes ne savent plus parler, c’est parce qu’on ne leur donne plus l’occasion de le faire. C’était d’ailleurs pour moi tout l’enjeu de faire un film avec eux. Dans nos répétitions, j’ai été stupéfait par la densité de nos échanges, par la façon dont ils trouvaient les mots pour défendre leurs idées, mais aussi par leur plaisir à jouer de différents niveaux de langue. J’ai essayé de montrer dans le film comme ils savent recourir à un lexique à destination des adultes qui n’est pas celui qu’ils emploient entre eux.

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Les différents régimes d'images

Je tenais beaucoup à ce brassage, à ce télescopage entre les films amateurs des départs de bateaux à la grande époque du chantier naval et les écrans Skype ou les pages Facebook, entre un documentaire ancien sur La Ciotat ouvrière et un clip récent de l’armée française... Mais je voulais aussi qu’il y ait des images de jeux vidéo, qui occupent une place centrale dans l’univers des personnages. Le chevalier errant par lequel s’ouvre le film est le héros de The Witcher , dont nous avons obtenu l’autorisation d’utiliser quelques minutes : il me permettait de dessiner le personnage d’Antoine, son envie d’évasion. Le jeu pour Antoine répond à un vrai besoin de liberté et d’errance. Et puis les jeux vidéo, c’est aussi du collectif. Quand il se bat contre le dragon, il est en ligne en compagnie de nombreux joueurs avec lesquels il doit composer.

Le  scope me permet à la fois de filmer un visage et le monde dans lequel il s’inscrit. Il est aussi une façon d’échapper à un code purement naturaliste, parce que culturellement, il renvoie à l’idée du grand spectacle, du grand espace. Pour ce film, c’était important. Car Antoine circule entre deux pôles : celui de l’atelier, celui de la calanque. Je voulais le montrer au cœur de la nature, dans ce lieu minéral, écrasé de lumière et de chaleur, avec le seul bruit de la mer. Le scope y était particulièrement adapté.

Dans la scène nocturne de la fin, c’est vraiment la lumière de la lune. Si son réalisme semble étrange, c’est justement parce que cette lumière est inédite, qu’elle ne correspond pas aux codes de représentation de la nuit au cinéma. Ces scènes sont nées de mes souvenirs de jeune allant les soirs de pleine lune me balader dans les calanques : il y a cette pierre blanche, cette lumière, cette impression d’être sur la lune, qu’une caméra permet enfin de restituer.

Laurent Cantet